Pokedex : la biodiversité des Pokemon

avatar-gab-small Par BazinGab

5Pikachu.jpgSi vous habitiez sur la planète Terre au cours de cet été, vous n’avez pas pu manquer la déferlante provoquée par le jeu Pokemon Go.
Beaucoup de choses ont été dites, en bien et en mal. J’en ai surtout retenu mon expérience personnelle : je suis naturaliste, joueuse, collectionneuse, marcheuse, j’ai des amis qui aiment venir « chasser » avec moi, et j’y ai donc naturellement trouvé une certaine forme de jubilation.
L’engouement ne durera pas forcément longtemps (c’est un jeu d’été et de vacances, qui devra se renouveler drastiquement pour survivre à un long hiver de travail et de cours), mais c’est en tout cas un phénomène qui a permis une certaine réappropriation d’un espace publique souvent délaissé par ces tranches d’âges casanières.

season06_ep27_ss02.jpgBien évidement, on en parlera dans la cour de récré comme des cartes Panini à mon époque (et ça fait déjà jaser), alors pourquoi ne pas carrément prendre le Pikachu à rebrousse-poil ? Au delà de notre écran, n’y a-t-il pas un filon à exploiter, avec un jeu rempli de toute une biodiversité fictive de bestioles, pour entrer dans le thème de la diversité et de la classification du vivant ? Peut-on se servir d’un tel cheval de Troie pour aiguiser le regard des jeunes quant aux questions contemporaines liées à l’inventaire du vivant ?

Vous avez dit Pokemon ?

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Posons les bases. Les Pokemon sont des « monstres de poche » (littéralement « pocket monsters »), des créatures qu’il s’agit d’attraper dans la « nature » (ici votre rue ou le parc à côté). L’un des enjeux est de faire un inventaire complet de leur faune et flore (certains sont des plantes ou des champignons) en ayant attrapé tous les Pokemon de toutes les « espèces » existantes. Ces données sont consignées dans un carnet naturaliste futuriste nommé « Pokedex« . Satoshi Tajiri, le créateur du jeu Pokemon, était d’ailleurs un entomologiste amateur.
De là à faire la comparaison avec les missions d’inventaires naturalistes, le pas n’est pas si tiré par les cheveux qu’il y parait, c’est d’ailleurs le sujet de cette vidéo de Dirtybiology : Darwin chez les Pokemons, qui retrace l’histoire des concepts en évolution en hissant Lamarck, Darwin et Wallace au rang de plus grands « dresseurs de Pokemons » de l’histoire.

La biodiversité des pokemons est centrale dans le concept du jeu. A poils, à plumes, à écailles, à feuilles, avec des pattes en nombre varié, des dards, des spores… ils sont inspirés de tous les embranchements du vivant, avec une fidélité discutable au regard des caractères des groupes réels dont ils dérivent, mais une inventivité sans limite.

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250px-Magicarpe-RFVF.pngLes Pokemon sont inféodées à un environnement donné, dans lequel ils apparaissent exclusivement. Généralement, ils présentent un certain nombre d’adaptations à ce milieu. Par exemple, avec ses nageoires, ses écailles et ses branchies, le poisson Magicarpe apparaîtra toujours sur les bords de cours d’eau (ici la Seine), ou a minima près d’une fontaine ou un étang dans un parc.
Par ailleurs, les Pokemon ont tous une affinité particulière avec un « élément » : eau, vol, poison, électricité… souvent en lien avec leur mode de vie.

De nombreux Pokemon connaissent une ou plusieurs métamorphoses au cours de leur vie, nommées « évolutions ». Ils en ressortent différents morphologiquement (parfois même de façon drastique par rapport à leur forme juvénile), avec des aptitudes nouvelles.

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Un cheval de Troyes pour aiguiser son regard sur la biodiversité réelle ?

Parlons-en. Quels liens faire avec entre Pokemon et les sciences, avec les élèves ? Voici une petite liste d’idées, numérotée en fonction de la progression dans les notions…

  1. S’exercer à décrire un Pokemon, avec les mots les plus précis possibles (sous forme de phrases ou d’une liste de mots), de façon à ce qu’un autre élève soit capable de le reconnaître dans le Pokedex sans que son nom soit prononcé. On est là sur un travail de lexique de grande minutie moyennant synonymes et antonymes, où l’on pourra souligner l’importance de s’accorder sur un vocabulaire précis et commun, afin de pouvoir communiquer. C’est l’un des enjeux cruciaux des sciences, et il est également précieux dans la vie quotidiennemelofee.jpg
  2. Constater le lien entre un Pokemon et son milieu de vie, décrire ses adaptations à ce milieu, par exemple le milieu aquatique. Faire le lien avec les adaptations des êtres vivants dont ils sont inspirés, avec leur habitat terrestre véritable.otaria.jpg
    C’est notamment l’idée de cet artiste, qui cherche à produire des dessins naturalistes du squelette des Pokemon, reflétant leurs adaptations respectives.

    Certains se sont essayés à représenter des écosystèmes entièrement composés de Pokemon, ce qui nécessite de s’initier à cette notion. Prédation, commensalisme… tout y est, et de telles images peuvent être un support de débat.

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  3. Réfléchir au cas des Pokemon mi animaux mi plantes et à la notion de symbiose. Ce type d’interactions existe-t-il dans le vivant réel ? Quels sont les avantages pour l’un et l’autre des organismes protagonistes ? Pour exemple, aller voir du côté des lichens (issus de l’association entre un champignon et une algue).symbiose.jpgline
  4. Toujours à mi chemin entre sciences et langage : comparer deux Pokemon en dégageant pour ce faire des critères : des caractères. Par exemple, choisir deux Pokemon oiseaux comme Roucool et Piafabec. L’exercice est central pour la pratique ultérieure de la classification : il s’agit de dégager des parties du corps, puis de définir quel est leur aspect (leur « état ») pour chacun des deux Pokemon.
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  5. Poursuivre ce travail par une activité simple de classification, impliquant un échantillon de 5 Pokemon. Comprendre qu’on rassemble les Pokemon en fonction de caractères partagés, sous la forme d’un emboîtement d’ensembles. Faire la différence entre l’argument servant à les rassembler (le caractère partagé, par exemple la présence de plumes sur le corps) et le nom choisi pour le groupe (les Pokemon oiseaux).classif.jpg
    Bien sûr, il est possible d’aller encore plus loin dans l’obsession et de réaliser de véritables phylogénies des Pokemon, mais sachez que vous n’aurez pas été les premiers sur l’affaire.e8efs
  6. Comprendre que la méthodologie est la même pour les être vivants réels. Comparer les caractères et groupes définis par la classe pour les Pokemon avec la classification du vivant réel, telle qu’envisagée aujourd’hui par la communauté scientifique au fil de siècles de ce même type de travail minutieux.
    Réaliser que certains Pokemon ont des morphologies « simplifiées » et « cartoonisées » par rapport aux êtres vivants dont ils sont inspirés : par exemple Krabby, un Pokemon semblable à un crabe (choisi dans l’exemple de classification ci-dessus), n’a que 6 pattes et devrait être classé dans les insectes, et non dans les crustacés. C’est l’occasion de revisiter sa compréhension de la méthode en classification tout en exerçant son esprit critique vis à vis de la conception des personnages de jeu.krabby.jpg
  7. A partir de cette classification emboîtée, s’interroger sur l’origine des ressemblances entre Pokemon, comme dans la vidéo de Dirtybiology introductive à ce billet. Le partage de caractères serait-il le reflet d’une ascendance commune ? cell-structureQuel est le degré de « cousinage » entre les différents Pokemon ? « Qui est plus proche de qui ? » A quoi aurait pu ressembler l’ancêtre commun à tous les Pokemon ? De quel Pokemon l’être humain serait-il le plus proche ? On approche ainsi la notion d’ancêtre commun hypothétique, et l’idée qu’il en aurait existé un commun à tous les organismes vivants, au nom passant pour celui d’un Pokemon : LUCA (last universal common ancestor).
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  8. Réfléchir à la notion de convergence évolutive sur la base d’un constat : des Pokemon issus de groupes très différents peuvent avoir une affinité avec l’eau, le vol, l’électricité (illustrée ici)…. propriétés qui ne seraient de fait pas liées à une ascendance commune, mais à un mode de vie. L’occasion de faire le parallèle avec le cas de l’apparition multiple d’ailes qui ne sont pas pour autant homologues : chez la chauve-souris et chez l’oiseau, par exemple.electriques.jpg
  9. Réfléchir à la capacité d’évolution, centrale dans le moteur du jeu Pokemon.
    Y a-t-il des êtres vivants qui connaissent une métamorphose au cours de leur vie, comme les Pokemon ? Peut-on décrire et schématiser leur cycle de vie, comme celui des Pokemon ?
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    histoire.jpgCertains Pokemon sont-ils méconnaissables avant et après leur « évolution » ? Aurait-on pu les prendre pour deux Pokemon totalement différents ? Ce type de problème s’est-il posé dans l’histoire réelle, pour les scientifiques travaillant sur les réels organismes à métamorphose ? C’est en effet le cas pour l’axolotl : les scientifiques ont mis des décennies avant de réaliser que le jeune et l’adulte appartenaient à une seule et même espèce caractérisée par une métamorphose !
    Par ailleurs, le terme « évolution » dans le jeu Pokemon est-il bien choisi ? Est-il le même que le mot « évolution » pris dans le contexte de l’histoire du vivant ? Une nouvelle fois, un peu d’esprit critique peut être mis en marche.
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  10. A titre de réinvestissement ou d’évaluation : inventer son Pokemon et le dessiner dans son milieu de vie. Commenter ses adaptations et dire de quel groupe de pokemon précédemment établi il serait le plus proche, et selon quels arguments. Et pourquoi ne pas imaginer à quoi ressembleraient les Pokemons du futur si cet environnement vient à être modifié, selon une méthode que nous avions déjà évoquée dans un précédent billet ?OC.jpg
  11. Et enfin, faire le lien entre Pokemon Go et le principe des sciences collaboratives : peut-on contribuer, comme Lamarck, Darwin et Wallace, les plus grands dresseurs de Pokemons de tous les temps, à faire l’inventaire de toutes les créatures, bien réelles, de notre Terre ? C’est une nouvelle fois le thème d’une brillante vidéo de Dirtybiology. Cliquez ensuite ici pour consulter l’annuaire des projets d’inventaires participatifs de la biodiversité.

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Sur ce, je vous laisse avec cette galerie de dessins réalistes des Pokemon, qui n’ont pas fini de faire causer les petits… et les moins petits.

Bonne chasse (ne jouez pas en conduisant, hein ?)

Et surtout, restez curieux.

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