La classe. Épisode II : L’art de la rencontre

avatar-fatima-small  Par FatiMars avatar-gab-small et BazinGab

maxresdefaultSans doute quelque part cet été, en plein moment de méditation face à la mer, à la montagne ou en pleine campagne, vous avez pensé à votre rentrée. Et même si vous n’êtes pas professeur, vous avez tout de même projeté vos envies, vos projets, vos besoins de changement et planifié votre mois de septembre (qui est le premier mois de l’année – bizarrement – pour une grande proportion de la population !).
Alors, oui, nous avons tous de belles résolutions (moins « en carton » que celles qu’on imaginera en janvier, souhaitons-le). Dans ces moments de méditation, on se projette et on a bien envie de se lancer dans la peluchologie, de faire un peu plus de programmation et de philo sans oublier de mettre en place le kruk.

6_VN42xCette année peut-être plus encore que les autres, nous avons envie de réfléchir à la manière dont nous accueillons l’autre (que cet autre soit un élève, le parent de cet élève, un nouveau collègue ou un collègue-de-d’habitude-avec-qui-c’est-si-compliqué-de travailler).
On ne soigne jamais assez la rencontre en pédagogie. Si on ne se rencontre pas réellement, comment vraiment se mettre au travail ensemble ? Après s’être rencontré, n’est-ce pas plus difficile de se dire « tu vas voir ta gueule à la récré » ?


Dis moi comment tu t’appelles…

Sans doute, connaître très vite le prénom de l’autre est essentiel. Cette proposition vous paraît évidente et un peu ridicule si vous souhaitez accueillir un nouveau collègue. Elle ne demande pas de réel effort. D’accord. Quand on doit accueillir 25 ou 30 élèves, ça passe encore. Mais quand on doit rencontrer bien plus de 200 élèves en tant que professeur de science en collège nouvellement nommé dans un établissement, on fait comment ?

3443306Bon, pas de miracle pour répondre à cette question. Juste une toute petite idée (qui ne résoudra pas tout) : un (voire n) bon trombinoscope. Pourquoi ne pas commencer l’année par une séance photo, par petits groupes pourquoi pas, où chacun apposera son prénom ? La chose est rapide et moins fastidieuse que la collecte de photos d’identités.
Et si on veut vraiment éblouir nos classes, apprenons leur prénom AVANT la rencontre. Aucune minute d’impunité possible, ça pose un sacré cadre. Pas une seule fois on sera amené à dire « toi avec le pull rouge, stp, tu peux…, non mais pas toi, l’autre pull rouge… ». Ça, ça n’a pas de prix ! Et puis, inconsciemment, les petits d’hommes (et de femmes) seront touchés par cette attention.

N’oublions pas de faire circuler les prénoms dans la classe. Qu’ils ne mettent pas plusieurs semaines à connaître le prénom de chacun. De multiples techniques d’animation existent pour faire ceci de façon amusante et fédératrice, avec des enfants comme avec des adultes : du portrait chinois à l’animal totem.

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Instituons un peu de temps lors de la rencontre pour se dire ce qu’on attend les uns des autres, ce qu’on a envie de faire ensemble comme projets, comment nous allons résoudre les conflits inhérents à tout travail d’équipe. Prenons le temps de construire le groupe classe, le groupe de travail, une relation de confiance avec nos collègues. Annonçons explicitement ce qui est attendu. La confiance ne se décrète pas, elle se construit et cela prend du temps, de l’énergie et de l’explicitation. Demain on arrête la pédagogie du tacite !


Se rencontrer par les sciences entre élèves…

e7fb8184cba54e27f3864204f39ab691.jpg« Amorcer la pompe » de la dynamique de groupe est sans conteste un point crucial. Parfois, quand ce tournant est manqué, on peut pédaler un moment dans la semoule. Pour avoir exploré dans à peu près toutes les directions, en classe ou en formation d’adulte, il est devenu clair que de commencer (une année, un thème ou même une séance) par du statique et de l’individuel conduisait fréquemment à des situations pédagogiques passives et poussives.

1-11-1Pourquoi ne pas commencer directement par une observation menée en groupe (par exemple en  biologie), un défi (notamment en physique ou en techno), qui mettront en ébullition le questionnement collectif, le dialogue, la coopération, et surtout la perle rare – l’un des piliers de l’apprentissagel’engagement ? « On ne donne pas à boire à celui qui n’a pas soif », dit le proverbe. On ajoutera : « et à plusieurs, on a toujours plus envie de boire ».

biodiv-8-1.pngLes sciences en classe peuvent également provoquer la rencontre au sens plus philosophique : celle entre les hommes, avec leurs ressemblances, leurs différences, leur richesse. Le travail en biodiversité sur la variabilité existant entre les individus d’une même espèce peut être – par exemple – prolongée par une activité de discussion à visée philosophique sur le thème « Tous pareil, tous différents ».


 … entre enseignants …

Les sciences peuvent être un carrefour de rencontres pour les enseignants, et pas seulement ceux qui enseignent les sciences.

news4-1.jpgAu collège, avec les nouveaux EPI, il y a certes de conséquents défis organisationnels à relever (pour être polis), mais également une formidable porte ouverte à travailler ensemble plutôt que seul. Le nouveau site « Interfaces » pourrait apporter idées et ressources pour aller en ce sens.
A l’école primaire, monter un projet de science en collaboration avec un collègue ou avec l’aide d’une personne ressource voire d’un centre pilote peut également être un moteur.

Dans tous les cas, des groupes de partage de pratiques existent, et permettent parfois de dépasser des difficultés rencontrées, par la mutualisation des expériences.

bilan-photo-groupe-9.jpgParticiper à un stage de sciences, en tant qu’enseignant, peut également apporter une bouffée d’air, du recul sur sa propre pratique, et faire rencontrer des collègues motivés et motivants avides de partage.
On ne peut s’empêcher de penser, ici, aux rencontres inestimables faites aux stages Graines de Sciences, année après année. Novices dans l’enseignement des sciences ou vieux routards, du primaire ou du secondaire, de toute la France et de tous les contextes, les enseignants participants ont tous apporté ces dites graines, au fil des 18 dernières années, en rencontrant également des chercheurs. Certains enseignants y ont même tissé des liens perdurant encore aujourd’hui, avec des projets de classes communs. Beaucoup ne soupçonnent pas que – dans notre monde actuel – de telles formations soient encore entièrement gratuites. Et pourtant c’est le cas. Il n’y a qu’un pas à faire, pour provoquer la rencontre, parfois.


… et avec les parents

Comme disait Oury « avec les parents d’élèves on peut tout, sans les parents on peut beaucoup, contre les parents on ne peut rien ». Pour travailler avec les élèves, ne négligeons donc pas les parents. Vraiment, les rencontrer est essentiel, et pas uniquement dans les 15 jours qui suivent la rentrée dans le cadre de la réunion réglementaire. Pas non plus, d’ailleurs, uniquement pour remettre le bulletin de décembre sous tension.

roland-21Pourquoi ne pas proposer aux parents une petite investigation scientifique, en soirée (une investigation que vos élèves auraient vécue avec vous, qu’ils pourraient partager avec leurs parents) ? Une mise en situation vaut 1000 explications de vos choix pédagogiques ! Pour l’avoir vécu eux-même, ils pourraient bien continuer par la suite à s’intéresser au vécu de classe de leurs enfants (« alors, tu as fait quoi en sciences ? »). Et poursuivre le dialogue avec eux – même en cas de difficultés ponctuelles – pourrait également bien être facilité pour le reste de l’année, car la posture est différente lorsqu’on a vécu quelque chose ensemble.

Autre option, solliciter les parents pour accompagner au musée scientifique du coin des petites équipes de 4 ou 5 élèves qui auront un devoir maison culturel sur lequel plancher pendant les vacances scolaires. Bon, ça marche aussi avec une balade architecturale ou un road trip coloré « biodiversité de la mare » ! Et enfin, pourquoi ne pas les inviter à une présentation des travaux de leurs enfants au minimum quelques jours avant la remise des fameux bulletins de décembre ?


Entretenir le lien et en faire un moteur sur l’année

Une fois cette rencontre faite, l’enjeu est d’entretenir les liens et de les refaire s’entrecroiser.

Avec les élèves, varier les groupes sur différents temps d’activité peut permettre aux uns et aux autres de se redécouvrir dans des contextes différents.
jpds-nc_technion_challenge.jpgConstruire ensemble, dans le cadre de nouveaux défis ou investigations, permettra également de constater que la puissance de réflexion et d’action du groupe est supérieure à celle de l’individu. Pourquoi ne pas envisager un projet où chaque groupe d’élèves aurait en charge une portion d’un projet plus vaste, impossible à accomplir sans la contribution cumulée de tous les groupes ? C’était là l’idée de Freinet, en son temps, avec l’idée de faire concevoir et imprimer un journal par les élèves : un résultat qui n’est possible que si tous s’impliquent à la fois (et même au sens le plus matériel du terme lorsqu’il s’agit de la rotative, puisqu’elle ne peut être actionnée que si plusieurs personnes sont en action). En sciences et en technologie, ce type de projets est remarquablement fédérateur.

Un journal ou un blog de classe sont un bon moyen d’entretenir le lien avec les familles, tout en stimulant l’engagement des élèves à l’écrit autour d’un projet collaboratif et concret de médiation scientifique. L’occasion également de revisiter les connaissances acquises, et de réfléchir à la façon dont on doit choisir son langage pour être compréhensible par quelqu’un d’autre. On citera par exemple l’outil « Madmagz » permettant de créer simplement et gratuitement un magazine à feuilleter en ligne.

IMGP0818.JPGD’autres initiatives de médiation scientifique, très créatives, peuvent être envisagées, aussi simplement que par la conception d’affiches et de « mini ateliers » à présenter dans le couloir ou dans la classe aux autres élèves de l’école.
A plus large échelle dans le même ordre d’idée, citons l’exemple de la belle exposition sur le thème « Mon cerveau et les écrans », préparée et présentée par des « élèves guides » de Nogent sur Oise au terme d’une année scolaire de nogent-2.jpgtravail en sciences sur le fonctionnement du cerveau. Quel délice de voir les petits guides de CE2 accueillir des groupes de lycéens ! Cette exposition destinée aux autres classes et aux familles a également mobilisé les parents pour la préparation d’un documentaire, réalisé par les classes sur le thème « les parents, les frères et sœurs, quelles sont leur utilisation des écrans ? »


En cette veille de rentrée, nous vous souhaitons de belles rencontres.

Et surtout, restez curieux.

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Une réflexion sur “La classe. Épisode II : L’art de la rencontre

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