La main à la pâte… au Mali !

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Pendant 4 ans, la Fondation La main à la pâte a mené en partenariat avec la Fondation Mérieux un projet d’éducation à la science et à la santé, dans 7 écoles de Bamako, au Mali. Ce projet était soutenu par la Fondation Christophe et Rodolphe Mérieux. Anne Lejeune, chargée des projets internationaux, coordinatrice générale du projet au Mali et formatrice à Lamap, nous raconte cette aventure de sciences et de pédagogie… au retour du terrain !

Formation_poumonBonjour à tous les lecteurs du [Lab]map !

Je suis venue vous parler d’une expérience vécue au Mali, dans le cadre d’un projet d’éducation à la science et à la santé, en partenariat avec la Fondation Mérieux, dans 7 écoles de Bamako. Nous y avons travaillé pendant 4 ans avec une équipe de formateurs français, Gilles Cappe et Philippe Delforge, surnommés « Tom et Jerry » par nos partenaires maliens à la fin du projet (on n’a pas bien compris qui était Tom et qui était Jerry, mais…).

Formation_schemaAu Mali, cette aventure a été partagée avec les enseignants de 5e et 6e année des écoles participantes (équivalent du CM1 et CM2 chez nous), leurs directeurs, les conseillers pédagogiques sciences affiliés à ces écoles et des formateurs d’IFM (Institut de formation des maîtres), soit une quarantaine de participants en tout. Le projet était coordonné localement par Amadou Kone, chercheur au CICM (Centre d’infectiologie Charles Mérieux), laboratoire de recherche de la fondation Mérieux, Adama Maiga,  formateur d’IFM, coordinateur pédagogique et M’bé Traoré, membre du ministère de l’éducation, coordinateur opérationnel.

Pendant 4 ans, des formations sur l’enseignement des sciences fondé sur l’investigation en lien avec la santé ont eu lieu (deux par an), des missions de suivi (une par an) de même que des ressources ont vu le jour, co-construites entre la France et le Mali et adaptées au contexte et au programme scolaire malien. Elles abordent les thèmes de l’eau, de l’air, du corps humain et des maladies infectieuses très présentes au Mali, en lien avec ces trois thèmes. Vous pouvez les consulter ici.

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Ce projet, bien que mené sur un territoire très restreint, est une vraie réussite ! « Pourquoi ? » me demanderez-vous ?

Et bien parce que tout au long de ces 4 années, nous avons bel et bien vu des changements très positifs : dans les pratiques enseignantes, dans les attitudes des formateurs et directeurs, dans les relations des uns avec les autres et surtout, dans les attitudes et la motivation des élèves pour les sciences.

2ee399d_11621-2znr4r.jpgComme disent les Shadocks : « Avec un escalier prévu pour la montée, on réussit souvent à monter plus bas qu’on ne serait descendu avec un escalier prévu pour la descente ».

maquette_squelette2.JPGNous avons vu l’apparition de la parole « libre » des élèves, d’échanges avec les enseignants, d’expériences scientifiques menées par les élèves, de schémas, du cahier d’expérience, de travaux de groupes… Or, le contexte initial était un enseignement qui se voulait très frontal et basé sur la répétition des paroles des enseignants.
Ces derniers témoignent du fait que cela a changé leurs pratiques dans les autres matières également, certains souhaitent aborder d’autres thèmes du programme avec cette approche, cela a changé leurs rapports avec leurs élèves, avec les directeurs et formateurs. Ils se sentent appartenir à un réseau, faire partie d’un projet.

 « Oui mais bon, ils font vraiment de la démarche d’investigation dans des classes avec 80 élèves en moyenne? »

Nous le savons tous (et certains l’oublient parfois), le changement des pratiques prend du temps !

2ee399d_11621-2znr4r.jpgComme disent également les Shadocks : « Ce n’est qu’en pompant que vous arriverez à quelque chose et même si vous n’y arrivez pas … hé bien ça vous aura pas fait de mal. »

Les professeurs impliqués dans le projet s’en approchent de plus en plus, avec les aléas qui sont liés à leur contexte : une formation des enseignants restreinte, des conditions matérielles limitées, beaucoup d’élèves dans les classes, des élèves qui ne maîtrisent pas bien la langue d’enseignement obligatoire, des habitudes pédagogiques bien ancrées et très peu participatives, pas beaucoup d’écrits dans les classes, une programmation journalière « imposée » (tous les enseignants enseignent la même chose au même moment)…
Surtout, je répondrais que – comme tous les enseignants débutants qui avancent petit à petit et évoluent dans leur pratique – ils partent de leur point initial pour atteindre des objectifs, réalistes sinon inatteignables, de plus en plus ambitieux au fil du temps, au gré de leurs expériences, des formations et de l’accompagnement reçu, des échanges entre pairs.

2ee399d_11621-2znr4r.jpgComme disent toujours les Shadocks : « En essayant continuellement, on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on a de chance que ça marche. »

Les séances en classe, les ressources, l’accompagnement, les formations ne sont évidemment pas parfaits mais ils ont le mérite d’exister, d’avoir été construits ensemble, d’être tentés…

2ee399d_11621-2znr4r.jpgComme disent encore les Shadocks : « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité. (Y compris celle-ci). »

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Les clés de la réussite de ce projet ?

Un projet réfléchi sur la durée et réaliste, des coordinateurs investis et actifs, des visites régulières dans les classes par les formateurs maliens pour accompagner les enseignants et parfois co-animer des séances avec eux, une co-construction permanente et une adaptation au contexte, des enseignants motivés car ils voient du changement chez les élèves, des directeurs associés au projet donc plus compréhensifs par rapport à la mise en place d’une autre pédagogie dans la classe, qui peut prendre plus de temps que la seule séance du programme accordée à un thème… Il a aussi fallu des formateurs français investis, à l’écoute, flexibles, innovants (par exemple, il a fallu trouver comment traiter intelligemment les différentes maladies alors que la santé n’était pas leur spécialité. Ils ont inventé un outil pour construire par le questionnement le cycle de contamination des maladies, qui s’adapte aux différentes maladies et qui permet un traitement interactif avec les élèves, pour comprendre comment traiter chaque maladie, quels sont les moyens de prévention, s’il existe un vaccin, des traitements…). Un soutien du ministère a également été important, notamment pour l’organisation des formations.

Une cérémonie de clôture du projet a eu lieu fin octobre 2019, très émouvante, où est aussi apparue la connivence entre les deux équipes, la confiance réciproque et la fierté d’appartenir au même projet, d’être acteurs de cette réussite. Le ministère de l’Education s’est engagé à continuer l’aventure et l’étendre dans d’autres classes.

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Nous ne pouvions pas nous arrêter là. Il nous a paru important de diffuser ces résultats et de permettre à d’autres de profiter de cette expérience ! Nous partons maintenant avec eux vers un nouveau projet : créer des parcours d’auto-formation en ligne, sur les thèmes du projet (air, eau, corps humain et maladies infectieuses), qui s’appuient notamment sur les séances de classes écrites ensemble et sur des séances filmées dans les classes maliennes…
Ces parcours seront destinés à toute la francophonie, de France et de Navarre, De Bamako à Dakar… Ils permettront de renforcer et diffuser ces pratiques au Mali, mais également, nous l’espérons, dans d’autres pays voisins.

2ee399d_11621-2znr4r.jpgComme disent enfin les Shadocks : « Il vaut mieux pomper même s’il ne se passe rien que risquer qu’il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas ».

A suivre donc, et en attendant… restez curieux !


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