Un carré pour la biodiversité

avatar-claire-small Par ChanteClac

Gare d’Orry-la-Ville, jeudi 8 juin 2017 … aujourd’hui, soirée festive avec parents et enfants, à l’école Georges Charpak de Nogent-sur-Oise. Un bon moment en perspective, dans le cadre du projet de sciences informatiques mené par les classes de l’école avec le Centre Pilote La main à la pâte. Je suis attendue pour animer un mini-atelier sur la « stéganographie image ». Voulant tirer le meilleur parti de mon pass Navigo, je fais la maline en gare du Nord en prenant le RER D jusqu’à son terminus, avec l’idée de rattraper là le prochain TER pour Creil. Erreur ! Double erreur, même ! Non seulement Orry-la-ville est déjà hors tarification Ile-de-France (je le saurai), mais en plus, pour ce qui est des correspondances RER/TER, il faudra repasser. Me voilà à devoir attendre 1 heure le prochain train pour Creil. Bien entendu, les difficultés n’arrivant jamais seules, je n’ai pas de livre, et mon ordinateur est sans batterie. Je me crois condamnée à regarder le ciel et les trains, en chantonnant la bande annonce de La double vie de Véronique !

C’était sans compter sur la générosité sans limites de la biodiversité … j’ai finalement passé 1 heure délicieuse, et je vous emmène.

A bas la tyrannie de la tondeuse

Mon regard est attiré par un lointain bas-côté ayant échappé à la tondeuse. Dominance de matricaires en pleine floraison. Quelle espèce plus précisément ? Je m’approche à tout hasard, pour échantillonner peut-être ou du moins pour exercer mon sens de l’observation, quelque peu négligé durant l’hiver. Et là, la biodiversité me saute à la figure. Elle bourdonne, elle suçote, elle copule, elle fourrage, elle se chamaille, elle se fond dans le décor ou se fait remarquer. Merci à la SNCF pour le « défaut » d’entretien, que j’espère planifié … je sais dorénavant comment occuper l’heure à venir.

Matricaria recutita, plus couramment appelée « matricaire camomille » ou « petite camomille »

J’isole visuellement une surface d’environ 1 mètre carré, et je me mets au défi de repérer un maximum d’espèces différentes d’insectes. Je connais très mal les insectes, donc ils n’auront pas droit à un nom, mais les regarder simplement, et les comparer, est un délice.

Des hyménoptères de toutes tailles

Lorsqu’on s’approche du parterre de matricaires, ce sont d’abord les abeilles que l’on voit. Il y a bien sûr l’abeille domestique Apis mellifera, qui règne en maître avec sa grande taille. Tout le monde s’écarte quand elle débarque. Plus discrètes, de petites abeilles trapues, et d’autres toutes fines, font aussi leur œuvre de collecte pollinique. Au moins 3 espèces s’offrent à moi, un œil exercé en distinguerait peut-être davantage. Toutes ont des boulettes accrochées aux pattes, orange vif comme sur cette photo d’abeille domestique :

Où vont-elles ramener ce trésor ? Dans une ruche collective ? Dans un terrier au sol ? Dans un trou de mur aménagé ? Dans du bois mort creusé par leur soin ? Chaque espèce a sa façon d’habiter. Je repère aussi un minuscule hyménoptère noir, millimétrique.

Quatre espèces d’hyménoptères, donc, sur 1 mètre carré, observé 1 heure durant. C’est beaucoup, et en même temps bien peu, par rapport aux quelques 150 000 espèces d’hyménoptères décrites à ce jour à travers le monde. Regardez toutes les branches de cet arbre des hyménoptères, que j’ai tiré du site Lifemap :

Arbre de parenté des Hymenoptera. Quand on zoome sur les bouquets, on réalise encore mieux l’énorme diversité.

L’abeille domestique (Apis mellifera) est pointée en jaune, et la guêpe commune (Vespula vulgaris) en bleu. Abeilles et guêpes font partie du groupe plus large des « Aculeata », les « pointus » littéralement, équipés pour la plupart d’un dard.

Des coléoptères, en veux-tu, en voilà

Un Oedemeria vert métallique, avec ses gros cuisseaux !

En quantité, des oedemères, la plupart oranges, certains d’un vert métallique. Leurs gros cuisseaux m’ont toujours amusée. Ils passent un temps fou en vol, en transit entre deux fleurs. A première vue, ça n’a pas l’air très optimisé d’un point de vue énergétique, mais je ne juge pas ! En tout cas, une fois posés, ils sont motivés pour fourrager dans le cœur des matricaires, et ils s’en mettent partout.

 

Belle livrée crème et noire comme en damier, pour cette coccinelle.

Plusieurs individus d’une espèce de coccinelle à livrée crème et noire « en damier », tout à fait comme celle-ci, mais était-ce bien elle ? Et des coccinelles à 7 points tout ce qu’il y a de plus classique.

Et encore au moins 3 autres espèces de coléoptères, dont une minuscule d’un vert mordoré,

Cinq espèces de coléoptères, donc, sur 1 mètre carré, observé 1 heure durant. C’est beaucoup, et en même temps bien peu, par rapport aux quelques 400 000 espèces de coléoptères décrites à ce jour à travers le monde, qui représentent 40% des espèces d’insectes, et 25% des espèces animales décrites. Voici un arbre de parenté des coléoptères connus, tiré de Lifemap, avec un Oedemère pointé en jaune et une coccinelle pointée en bleu :

Arbre de parenté des Coleoptera. On en connait 400 000 espèces. Oedemères et Coccinelles sont en fait assez proches au sein des Coleoptera, ils font partie des « Cucujiformia » !

Des diptères de toutes les couleurs

Une mouche verte Lucilia caesar.

Que de mouches sur ces matricaires. Des mouches comme celles dont vous avez l’habitude, notamment des mouches vertes du genre Lucilia et des mouches grises. Mais aussi des mouches syrphes déguisées en guêpes, rayées de jaune et de noir : des syrphes allongées, d’autres plus compactes. Et des mouches que j’appellerais volontiers « deltaplanes » dont les ailes restent perpendiculaires au corps au repos. Deux espèces, dont une à l’abdomen rouge très bombé, que je n’avais jamais croisée et dont je m’avère incapable de trouver un équivalent morphologique sur internet.

Une mouche syrphe, déguisée en guêpe. Mais on la repère avec ses gros yeux, sa trompe, et ses deux ailes au lieu de quatre !

Six espèces de diptères, donc, sur 1 mètre carré, observé 1 heure durant. C’est beaucoup, et en même temps bien peu, par rapport aux quelques 125 000 espèces de diptères décrites à ce jour à travers le monde. Voici un arbre de parenté des diptères connus, tiré de Lifemap, avec un syrphe pointé en jaune et une lucilie pointée en bleu :

Le groupe Diptera (insectes à deux aîles) comporte deux sous-groupes clairement distincts : celui des Nematocera (les moustiques) et celui des Brachycera (les mouches). Lucilies et Syrphes sont assez proches au sein des mouches.

Et aussi …

3 espèces de punaises, bien souvent par deux, accrochées par le bout de l’abdomen et prêtes à partir dans des directions opposées ! Et, si l’on s’autorise une petite excursion hors du groupe des insectes, 3 espèces d’araignées et une espèce de tique qui n’a rien trouvé de mieux à faire que de commencer à me grimper sur l’avant-bras.

Au final 18  espèces d’insectes, 3 espèces d’araignées et 1 espèce de tique, sur 1 mètre carré de matricaires en fleurs, observées seulement 1 heure. Tout cela sans aller chercher outre mesure sous les feuilles, sans aller chercher dans le sol, sans regarder si ces espèces abritaient elles-mêmes des parasites visibles (c’est très certainement le cas, mais une loupe aurait été bienvenue) !

Que faire de cela en classe ?

Créer un ou plusieurs carrés végétalisés non entretenus dans l’établissement, comme cela se fait dans le cadre du programme « Un carré pour la biodiversité« .

Constater que ces carrés laissés « en friche » au lieu d’être tondus à ras s’enrichissent en termes de biodiversité spécifique … ce qui suppose des observations et un effort de quantification, sur la base d’un protocole établi avec carrés témoins 😉

En parler aux services d’entretien paysager de la commune, et pousser vers un planning d’entretien avec fauchage tardif ou partiel … C’est moins cher, et si on trouve au début que cela fait « négligé », l’éducation — par l’observation — peut conduire à apprécier.

Et bien sûr, ouvrir les yeux et rester curieux !

Pour aller plus loin

Ressource thématique de la fondation La main à la pâte : A l’école de la biodiversité

Un carré pour la biodiversité : https://uncarrepourlabiodiversite.jimdo.com/

Lifemap grand public : http://lifemap.univ-lyon1.fr/explore.html

Zéro phyto au 1er janvier 2017 pour les collectivités : http://jardinage.lemonde.fr/article-154-zero-pesticide-espaces-publics-1er-janvier-2017.html

 

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