Et ils eurent beaucoup d’enfants

avatar-gab-small Par BazinGab

Weinbergschnecke_Paarung.jpgMême si nous avions commencé à évoquer des agitations de pompons dans « Bienvenue à Bunnyland », vous vous demandiez sans doute quand ce blog finirait par s’acoquiner avec le carré blanc d’internet et aborder une bonne fois pour toute « la question qui intéresse tout le monde », j’ai nommé :

reprodAprès un bref rappel (ou information, d’ailleurs : après tout je ne sais pas ce que vous en savez) concernant la reproduction humaine, je vous inviterai à découvrir que nos modalités d’Homo sapiens sont loin d’être un cas général dans le vivant. Nous voyagerons dans les contrées hétéroclites des pratiques végétales, animales (et autres), et prendrons un peu de (re)cul vis à vis de ce qui nous semble « ordinaire ».


Ma bonne dame, c’est contre « nature » !

grumpy-old-lady.jpgCombien de fois avez-vous entendu la tantine prononcer cette phrase, au sujet d’à peu près tout ce qui s’éloigne un peu des modalités qu’elle juge « honorables » en matière de pratiques sexuelles ? Généralement, vous vous taisez et la laissez déblatérer (de toute façon elle s’intéressera à la météo dans 5 minutes). Mais pour bien comprendre la suite, faisons un point sur ce que la dite tantine sait effectivement de la reproduction humaine.

morulaDans le meilleur des cas, elle sait que nous sommes une espèce mettant en œuvre une reproduction sexuée, c’est à dire faisant intervenir des cellules sexuelles (les gamètes) mâles et femelles qui portent respectivement une moitié du patrimoine génétique de chacun des parents, soigneusement brassé. La fécondation a lieu à l’intérieur du corps de la femme (le nom couramment donné à la femelle de notre espèce), ce qui implique une certaine phase d’emboîtement au sujet de laquelle Internet est on-ne-peut plus documenté.

Les noyaux des deux gamètes fusionnent, donnant lieu à une cellule œuf porteuse d’un génome complet.
Attention, la vidéo suivant contient de très hautes doses de musique emphatique.

Le développement se passe à l’intérieur du corps de la femme, dans une poche de liquide installée au sein de l’utérus où le nouvel humain sera alimenté. Au fil des divisions cellulaires, l’embryon ressemblant à une « petite mûre » deviendra fœtus et ses organes connaîtront une maturation.
Mumbai_baby_eating.jpgAlors, au bout d’une quarantaine de semaines, il empruntera le chemin de la sortie pour commencer sa vie à l’air libre sous les gloussements attendris de la tantine (qui offrira des layettes roses ou bleues).

Sur ces faits là, on ne saurait contredire la tante. En dehors de quelques phantasmes de clonage relevant pour le moment plutôt de la SF, toute l’humanité est née de la sorte, parfois avec assistance médicale avec ou sans don de gamètes, parfois avec une fécondation menée hors du corps (in vitro) suivie d’une implantation de l’embryon, mais selon des mécanismes de base sans lesquels on ne saurait composer. Le résultat est statistiquement plutôt fonctionnel et mignon.

Notez que nous nous intéressons là à la reproduction en elle même, pas à tout ce qui concerne les identités et orientations sexuelles, les pratiques et les choix. Car au fond, ce sont plutôt eux qui font râler la vieille tante (marrant, comme ça l’intéresse, d’ailleurs !). En la matière, elle tiquera certainement quand nous irons voir ce qui se fait ailleurs que dans l’espèce humaine car – pour le coup – la « nature » qu’elle invoque est TRÈS loin de manquer de croustillant. Et aussi quand on lui fera remarquer que la courbe démographique de l’humanité est effectivement assez inquiétante, mais pas tellement dans le sens de l’extinction qu’elle brandit parfois.


Des mâles et des femelles ?

quai-de-la-ligne-13-a-saint-lazare-en-2010-11315072kzvam_1713.jpgChez l’être humain et de façon plus large au sein des espèces à reproduction sexuée, il existe majoritairement des mâles d’une part et des femelles d’autre part. Majoritairement. Car tous les intermédiaires existent entre les deux (selon des phénomènes hormonaux et développementaux divers), et l’intersexuation – c’est à dire le fait d’être pourvu d’un appareil génital difficile ou impossible à définir comme mâle ou femelle – concerne en réalité une part importante d’entre nous : possiblement jusqu’à 4 ‰ au sens strict, et jusqu’à 15 ‰ au sens plus large. En tant qu’être sociaux, toute une complexité liée à l’éducation et à la vie en société se greffe sur nos fondements biologiques et forge nos identités qui peuvent légitimement être composites. Bisous, tantine.

Les espèces qui – comme nous – impliquent des individus mâles et femelles pour la reproduction sont dites gonochoriques, et présentent toute une myriade de modalités délicieuses.

  • 788px-Misc_pollen_colorized.jpg

    Chez les végétaux gonochoriques, les gamétophytes mâles (le pollen) sont portés par le vent ou les insectes pollinisateurs jusqu’aux gamètes femelles. Et c’est beau.

Une fois fécondés, les ovules donnent des graines qui connaissent des modes de dissémination variés : tombant au pied de la plante, portées par le vent ou l’eau, transportées par des animaux (oiseaux, insectes, chat… ou votre pull).

graines.jpg

En tout cas, ne manquez pas de découvrir ici que « Les fruits sont des ovaires dégueulasses ».

  • Oystercatcher_Eggs_Norway.jpgChez les animaux, il y a ceux qui – comme nous – voient leurs petits se développer dans une poche à l’intérieur du corps de la femelle : ce sont les vivipares.
  • Ceux dont les petits se développent dans des œufs à l’extérieur du corps de la femelle, dans l’eau ou hors de l’eau au moyen d’une paroi plus épaisse protégeant de la dessication : ce sont les ovipares.
  • Et ceux dont les œufs incubent et éclosent dans une cavité du corps de l’un des parents, par exemple la femelle chez le requin taureau ou le mâle chez l’hippocampe. Ce sont les ovovivipares.

  • Il y a aussi ceux qui n’ont pas d’organes sexuels à proprement parler et qui libèrent directement leurs gamètes dans l’eau à partir de leurs tissus, comme les « vers » polychètes.
  • Tortoise-HatchlingCeux qui ont des organes sexuels temporaires, comme les hydres.
  • Ceux dont le sexe à la naissance est déterminé par les conditions environnementales en vigueur au cours de leur développement embryonnaire (notamment de température, comme chez la tortue : en-dessous de 30°C d’incubation, des bébés mâles sortent de leurs œufs ; au-delà, ce sont des bébés femelles).
  • Ou encore ceux qui font des milliers de petits (et qui généralement ne s’en occupent guère après, d’où l’importance de ce nombre en raison de la survie de quelques uns seulement) et ceux qui n’en font qu’un ou deux (et qui généralement s’y investissent énormément, favorisant leur survie).

inv-parental

  • Fauxbourdon.jpgDécouvrez également ceux qui ne fabriquent des mâles que « de temps en temps », comme les abeilles. Les mâles naissent d’œufs non fécondés et possèdent une moitié de génome seulement. Plusieurs d’entre eux féconderont alors la reine. Le reste du temps, à partir de cette fécondation, ne naissent que des femelles (possédant un génome complet).
  • VanderWerf-same-sex-animals-021Et – last but not least – ceux qui présentent des comportement homoérotiques ou homosexuels.
    Chez certaines espèces, ces rapports peuvent être occasionnels, comme chez nos quasi-frères bonobos dont le règlement des conflits passe souvent par l’acte sexuel, et ce quelque soit le partenaire – jeune ou vieux, mâle ou femelle.
    SL46k.jpgAutre exemple au milieu de plusieurs centaines : les dauphins – qui pratiquent le sexe anal et nasal (!) avec mâles et femelles – , les chiens ou les crevettes d’eau douce, ainsi qu’un nombre incalculable d’espèces d’oiseaux (au total, 5% des pratiques sexuelles chez les oiseaux seraient homosexuelles).
    Chez d’autres espèces, la relation homosexuelle est même permanente une fois le couple constitué, comme chez les manchots de Humboldt ou les oies, dont les couples de femelles se font parfois féconder par des mâles, puis élèvent la progéniture avec leur moitié du même sexe. Encore des bisous, tantine.

De nombreux autres exemples pourraient être donnés (non, je ne parlerai pas de la mante religieuse, c’est vraiment trop trash), et chaque catégorie énoncée est elle-même représentée par tout un tas de variations.

Coenagrion_puella_Paarung1.JPG

Par exemple, dans tous les animaux sus-cités, il y en a dont les mâles possèdent un pénis… et d’autre pas. Alors à quoi sert un pénis, exactement ? L’ami DirtyBiology a approfondi la question, et il vous en présente des simples, des doubles, des préhensiles, des rigides et des mous. Tout un catalogue bigarré, certains ayant même l’option « os à l’intérieur ». Sachez qu’il en existe aussi à « goupillons », qui ont la vertu d’évacuer le sperme déposé par un éventuel compétiteur passé précédemment. C’est par exemple le cas de la très gracieuse demoiselle.


Pourquoi choisir ?

800px-Anemone_purple_anemonefish.jpgPoursuivons notre route, et admirons ceux qui portent carrément les deux sexes… et aussi ceux qui n’en portent pas du tout.

D’abord, il y a ceux qui changent de sexe au cours de leur vie, comme le poisson clown. A la mort de la femelle d’un couple ou d’une femelle du groupe, le plus gros (ou l’unique) mâle change de sexe et prend sa place (j’attends la Director’s Cut de Nemo, parce que Marin devrait être femelle). On parle alors d’hermaphrodisme successif. Ce serait également la modalité la plus répandue chez les plantes à fleurs hermaphrodites, c’est à dire celles dont les fleurs sont mixtes, ou qui portent (souvent successivement, donc) des fleurs mâles et des fleurs femelles.

Ensuite, il y a ceux qui portent les deux sexes à la fois, tout le temps.
Weinbergschnecke_PaarungIl y a ceux qui ne peuvent pas se féconder eux-mêmes, comme l’escargot commun, et qui ont donc recours à l’intervention d’un autre individu (on parle de fécondation croisée). Dans ce cas, les deux partenaires se fécondent mutuellement.
220px-Sanguisorba_minor-01_(xndr).jpgChez les plantes à fleurs hermaphrodites non successives (si vous avez suivi le point précédent), l’autofécondation n’est pas toujours possible, et ce même si la plante produit des gamètes des deux sexes. Et d’autres fois oui, comme le pissenlit. Car l’autofécondation, ça existe, dans le vivant, et pas seulement chez les végétaux. Un autre escargot, par exemple, vivant en eau douce, se reproduit ainsi et n’a carrément pas de phallus. C’est également une façon de faire courante chez les « vers » plats Trématodes et Cestodes.

Il y a aussi ceux qui se débrouillent sans fécondation.
requin.jpgParmi eux, il y a ceux qui sont aussi capables de reproduction sexuée (comme les dragons du komodo, les daphnies et j’en passe), mais qui – lorsque les conditions rendent la chose plus avantageuses – produisent un nouvel individu à partir d’un gamète femelle non fécondé. C’est ce qui s’est produit dans zoo chez une femelle requin zèbre qui n’avait pas fréquenté de mâle depuis plusieurs années, et tout le monde avait alors crié à l’immaculée conception, même tantine.
Et puis il y a ceux chez qui cette parthénogenèse est carrément obligatoire, comme chez certains phasmes. Dans ce cas, tout le monde pratique la reproduction asexuée, et tout le temps.
sb01.jpgChez bon nombre d’espèces végétales, c’est la multiplication végétative qui donne de nouveaux individus sans reproduction sexuée. La plante produit des organes spécialisés, qui vont coloniser des espaces libres, un peu plus loin. Rhizomes, stolons, bulbilles, rejets… beaucoup de moyens sont bons. Et les jardiniers ont compris le principe, à la base de techniques comme le bouturage, le marcottage ou le greffage.

Enfin, il y a ceux qui font carrément autrement.
Chez certains organismes comme les coraux, on produit un petit bourgeon dans un coin de son corps, qui se libèrera et donnera un nouvel individu.
Et chez les organismes qui ne comportent qu’une cellule (les unicellulaires, dont les bactéries, protozoaires, champignons unicellulaires et végétaux unicellulaires), on se divise par exemple carrément en deux : c’est la scissiparité, la fission binaire, etc.

Vous l’aurez remarqué, la reproduction asexuée résulte en l’obtention de clones, qui sont identiques génétiquement à leur parent.


Alors « c’est quoi, le mieux ? », demande la tante.

Boxing_ring.jpgLe mieux ? Tantine, on ne réfléchit pas en échelle de valeurs, dans le vivant : on constate ce qui existe, c’est tout (et y’a du choix, t’as vu). Par contre, on peut dégager des avantages et des inconvénients à chaque « stratégie ». Par exemple, plaçons sur un ring la reproduction asexuée et la reproduction sexuée. Qu’est-ce que ça donne ?
A peu près ça :

tableau.jpgSource

Souris_en_peluche_remonter_pour_chats.jpgEh oui, chacune porte son lot d’avantages, son lot d’inconvénients, mais l’histoire du vivant retient que – globalement – « tout ce qui marche à peu près est bon à prendre ».
Certains vous diront même que tout ceci n’a pas d’importance et que ces croustillants ébats qui collent, piquent ou couinent ne sont que différentes variations autour d’une unique prérogative du vivant : le maintien du flux de nos égoïstes de gènes, avec pour idée que les individus n’en sont que des véhicules temporaires. Tantine, pourquoi tu ne parles plus ?


Émerveillez-vous.

Peut-être, du coup, que le mieux à faire est de s’émerveiller de cette farandole de mœurs et de cette constellation de diversité sexuée (et asexuée). Toi aussi tantine. Peut-être même que tu as le cœur et l’esprit un peu moins étroits maintenant.

Pour le plaisir des yeux, voici mes pratiques favorites.

  • Les pandas, pas très chauds lapins, mais qu’on parvient à motiver en leur montrant des vidéos de leurs semblables à l’œuvre.
    170f8188f061d3bcf1579f942be1edae_large.jpeg
  • Ces orchidées dont les organes sexuels ont la forme de la femelle de leur pollinisateur, qui tente de copuler avec et repart frustré et bien chargé de pollen.
    orchids-007.jpg
  • Le « ver » plat Pseudobiceros hancockanus hermaphrodite, dont les couples décident de qui fécondera l’autre au cours d’un « combat de pénis ».
    flatworm.jpg
  • Les canidés, dont le loup, le renard et parfois le chien, qui restent accrochés une vingtaine de minutes une fois l’acte accompli. Efficacité probable, confort zéro.
    eea307698a_renards2_Sexual_nature_-_London_s_Natural_History_Museum.jpg
  • La bonellie, dont le mâle se résume concrètement à un testicule.1c0e01bcc0_bonellie_Sylvain_Ledoyen-wiki-cc-by-sa-30.jpg
  • « L’innocent » koala, dont la femelle possède deux vagins, et le mâle deux pénis.
    Koala-featured.jpg.png
  • La crépidule, ce coquillage envahissant de nos plages, dont la reproduction implique de faire un tas. En haut, les jeunes crépidules sont de sexe mâle. En bas, les vieilles crépidules sont femelles. Ceux du haut envoient de longs pénis vers le bas. La vieille femelle du bout, en mourant, laisse la place à la suivante. Les autres avancent dans la pile, et passent de mâle à femelle en vieillissant.
    o_crefor2
  • L’oiseau « Mickael Jackson » qui séduit sa femelle en faisant du Moonwalk.
  • Et puis ceux qu’on a jamais vu faire, mais au sujet desquels on se pose quand même des questions.


Pour en savoir plus (petits curieux)

Pas besoin d’une longue liste, ces deux ouvrages vous raviront.

9782020397261.jpgSi vous êtes un animal : Le Manuel universel d’éducation sexuelle à l’usage de toutes les espèces, selon Madame le Dr Tatiana (Seuil), par Olivia Judson.
« Voici un manuel d’éducation sexuelle unique, qui s’adresse à toutes les espèces vivantes. Il indique, par exemple, quand la nécrophilie est acceptable, (…) quel est le meilleur moment pour changer de sexe, comment une vierge peut enfanter et quand il est loisible de dévorer son partenaire. Il prodigue aussi des conseils plus pratiques, par exemple sur les grossesses mâles ou les avantages d’un pénis détachable ».
9782330018146.jpgCe livre a fait l’objet, il y a quelques années, d’une assez savoureuse adaptation télé.

Si vous êtes un végétal : « Les plantes ont-elles un zizi ? » (Acte Sud Junior), de Véronique Pellissier et Jeanne Failevic.
« Voici tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les plantes sans jamais oser le demander…. » y compris sur leur reproduction débridée. Je ne veux pas vous spoiler, mais « cryptogame » vient du grec et veut dire littéralement « coucherie dissimulée », tandis que « phanérogame » signifie « coucherie affichée ».


Beautiful-Animals-Love-Photography-3.jpg

Sur ce, make love not war.

Et surtout, restez curieux.

sheldon-mitosis-o.gif

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