Sélection naturelle à Bunnyland

avatar-gab-small Par BazinGab

[Mise en garde : cet article contient de hautes doses de lapins mignons.
Vous êtes sur internet : c’était ça ou des chats. Soyez prêts]

bunniesSélection naturelle, on parle tellement de toi.

Nombreux sont ceux qui te confondent avec le terme « évolution », dont tu es un moteur, mais pas le seul. Tu permets d’expliquer l’adaptation des espèces aux milieux de vie, au fil des générations, et si on t’assimile souvent à la « loi du plus fort », la réalité est pourtant toute autre (et bien plus croustillante). Souvent, la diversité biologique que tu engendres est un plaisir pour les yeux. Et parfois, on ne comprend juste pas comment on a pu en arriver là.

Visiteurs du [Lab]map, approchez : venez contempler d’un peu plus près la sélection naturelle, briser le cou à quelques idées reçues… et découvrir que le monde d’internet s’est saisi du sujet, pour notre plus grande délectation.


La sélection naturelle, qu’est-ce que c’est ?


bunnyland02Pour bien cerner de quoi nous allons parler, prenons quelques instants, et considérons des lapins. Des lapins très caricaturaux, mais qui nous permettrons de nous mettre d’accord. Des lapins, et même beaucoup de lapins, car nous ne saurions pas réfléchir sur la base d’un seul d’entre eux, dans ce qui va suivre. Bon. Et admettons qu’ils vivent à Bunnyland. Ne les nourrissez pas.

Nous avons de bonnes raisons de dire que ces lapins se ressemblent et s’assemblent (au sens propre, d’ailleurs) et d’en faire une boîte arbitraire désignée humainement sous le nom d’espèce. Mais avant toute chose, nous avons affaire à une population : un ensemble d’individus vivant sur un territoire donné. Et joyeusement capables de faire des petits entre eux dans un formidable ballet de queues pomponiformes.

many_rabbits.jpgAu sein de ce foisonnement caudal, on trouve à Bunnyland une grande diversité d’individus, présentant des caractéristiques variées : des petits, des grands, des gras, des maigrelets, des blancs, des bruns, des tachetés, avec le nez blanc, noir, rose, des oreilles plus ou moins inclinées, et des moustaches de toutes les longueurs imaginables. Ces caractéristiques sont lapin-verthéritées des parents de ces lapins : elles se mélangent au hasard chez leurs (nombreux) descendants. Parfois, toujours au hasard, une « mutation » peut apparaître, c’est à dire une caractéristique complètement nouvelle. Un lapin vert, pourquoi pas.

images-51Dans un environnement donné, les lapins de cette population mènent leur existence : ils naissent, se nourrissent, grandissent, se reproduisent et meurent. Plus ils se reproduiront, plus ils transmettront les caractéristiques qui sont les leurs. Ceux qui vivront plus longtemps se reproduiront peut-être plus (ils en auront plus le temps), ceux qui seront plus robustes également (ils en auront plus l’ardeur).

aiglesMais la vie d’un lapin n’est pas de toute repos. Les aigles aiment bien manger les lapins, c’est nourrissant. Ces volatiles – légitimement affamés – sont une contrainte, dans l’environnement des lapins. Une sacrée contrainte, même, et un paramètre influençant leur existence au même titre que le reste de leur habitat, couleur du gazon comprise. Pour ménager les sensibilités, l’illustration de ce paragraphe est remplacée par un visuel fictif.

A Bunnyland, le climat est aride, et ce sont des conditions de sécheresse qui dominent. L’herbe est toute brune. Dans cet environnement, sous les contraintes évoquées, les individus porteurs de certaines caractéristiques sont indubitablement « favorisés » par rapport à d’autres : les lapins bruns, presque invisibles sur les herbes marrons, se font moins bouloter par les aigles que les individus blancs, les roux et les rares mutants verts, et vivent plus longtemps. Observez la variation de couleur des oreilles velues, et constatez les réactions des aigles en hypolapinémie.

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Du coup, le potentiel de fornication des lapins bruns s’étend sur une durée plus longue. Sans doute également : ils se font aussi moins courser, sont moins stressés, en meilleure santé, et donc plus enclins à… enfin vous voyez quoi. Bref, l’un dans l’autre (sic), les individus bruns font plus de petits. Ces petits auront hérité de leurs caractéristiques et auront à leur tour un avantage dans cet environnement. Après quelques générations, les caractéristiques avantageuses deviennent majoritaires dans la population de Bunnyland, même si on trouve encore les autres, même les verts. On appelle ces caractéristiques avantageuses des « adaptations ». Nous sommes dans un cas de sélection naturelle.

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Allons voir du côté des « on dit » qui ont la vie dure.


 1 – Nous l’avons vu à Bunnyland : une « adaptation » est toujours valable « dans un milieu donné ». Si le milieu change, la donne est remise à zéro. Admettons que – demain – le climat de Bunnyland redevienne humide et que l’herbe vire au vert. Les discrets  et rares descendants des petits mutants verts pourraient bien se retrouver à avoir de larges occasions de répandre leur semence. Observez par vous-même, aigles à l’appui.

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Et si Bunnyland est submergé par les eaux, reparlons de tout ça : car si les poumons sont une formidable adaptation dans un milieu aérien – en revanche – ils sont un désavantage certain dans un milieu aquatique. Du coup :

cou-300x230[Idée reçue n°1] On entend souvent dire « l’être humain est l’espèce la mieux adaptée ». Il n’y a pas de sens à dire qu’une espèce est « mieux adaptée », dans l’absolu, sans rien derrière. Elle ne peut l’être que : 1/ par rapport à une autre espèce, à la limite, et quoi qu’il arrive 2/ « dans un environnement donné ». L’être humain est mieux adapté que le poisson dans la forêt : ok, ça c’est valable. Le poisson, en revanche, est mieux adapté que l’homme dans le lac. Par contre, l’espèce humaine est sans conteste la plus égocentrique, ça c’est certain. Et l’histoire du vivant a déjà prouvé qu’il valait mieux rester humble.

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gray-opaque-rpg-dice 2 – Le hasard est fondamental, dans la sélection naturelle. Les caractéristiques disponibles au sein de l’espèce apparaissent (par mutation) et se mélangent (au cours de la reproduction) par le fruit du hasard. La variété de ces caractéristiques préexiste à la situation de sélection : elle est présente dans la population, de toute façon, avant de considérer le moindre effet de l’environnement.

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[Idée reçue n°2] Une espèce ne « s’adapte pas pour » faire face à un changement de l’environnement.

Elle possède déjà dans la gamme de caractéristiques disponibles les traits qui deviendront les plus représentés sous l’effet du changement du milieu. Le changement d’environnement change juste la balance en termes de nombre d’individus portant la caractéristique avantageuse (l’adaptation). C’est un phénomène passif, il n’y a pas de volonté de l’espèce de « faire front », de « survivre » ou « de coloniser je ne sais quoi ». Si la caractéristique avantageuse est en stock, ça va servir. Et si elle n’existe pas dans la population, et bien elle n’existe pas. Je ne vous referai pas ici le coup du cou de la girafe.


3 – Les caractéristiques avantageuses dans le milieu considéré deviennent majoritaires au fil des générations, mais les individus possédant des caractéristiques moins avantageuses existent encore : ils sont juste plus rares. Si l’environnement change, ils deviendront peut-être avantagés à leur tour comme le lapin mutant vert à Bunnyland où l’herbe est verte.vert-resultat

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0f2ae4ea3f49485b39eac99cb46ae22d[Idée reçue n°3] Dans la sélection naturelle, il ne s’agit pas de la « loi du plus fort » qui « élimine les individus les moins adaptés ». En réalité, c’est plutôt « la loi de celui qui agitera le plus son pompon », si vous me permettez l’euphémisme. Ce n’est pas grivois, c’est factuel : tout est question de « succès reproducteur » en ce bas monde. On fait plus de petits parce qu’on est avantagé dans cet environnement donné, on possède des caractéristiques qui deviennent majoritaires dans la population, mais les individus moins avantagés ne « disparaissent » pas, le plus souvent : ils persistent en faible effectif. L’évolution, par ce biais ou un autre, est un changement dans la fréquence des caractères au sein des populations, sous l’effet de l’environnement.

Et la diversité des individus, ceux dont les caractères sont présents à des fréquences toutes petites, est un réservoir précieux pour la vie en elle-même, en cas de changements environnementaux à Bunnyland ou ailleurs. Toute ressemblance avec des événements passés, en cours ou futurs serait complètement fortuite.


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img_Pourquoi-faire-simple-quand-on-peut-faire-complique--_Jacques-ROUXEL_ref~110.001434.00_mode~zoom4 – [Idée reçue n°4] L’évolution n’est pas spécialement « orientée » vers « le progrès », dans la direction d’une « perfection » tout à fait finaliste. Comme nous l’avons évoqué, le « progrès » ne pourrait (éventuellement, et on pourrait encore en discuter) avoir de sens que dans un environnement donné, or l’environnement est toujours en train de changer.

La complexité des organismes, certes, s’est globalement accrue au fil du temps. Mais attention au jugement de valeur : le meilleur programme informatique, par exemple, est celui qui effectue la tâche en un minimum de manœuvres (le moins complexe). Depuis l’apparition de la vie, les organismes naissent, grandissent, se reproduisent et meurent (ils effectuent tous « les mêmes tâches »), peu importe leur niveau de complexité.


5 – Les espèces se sont diversifiées sur Terre à partir d’organismes unicellulaires apparus il y a environ 3,5 milliards d’années.

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[Idée reçue n°6] De ce fait, toutes les espèces ont connu le même temps d’évolution : la bactérie, le poulpe, la fougère, l’homme, le platane, le protozoaire, le poisson-clown et le lapin de Bunnyland. Aucune espèce n’est « plus évoluée » qu’une autre, puisque leur temps d’évolution est exactement le même.
Le terme « évolué » est souvent mal utilisé. En sciences, « Évolution » signifie « transformation », il n’y a pas de jugement de valeur dans ce mot. Pourtant, on entend souvent tata Odette utiliser « plus évolué » en voulant dire « ayant plus de valeur » (« on est quand même plus évolués que les limaces de mer !« ). Parfois, on souhaite dire (encore maladroitement) « mieux adapté » en disant « plus évolué », mais l’on oublie de préciser par rapport à quoi et dans quel milieu. De notre lang58265910age, dépend notre perception du monde et de la biodiversité. Ne disons pas que « l’être humain est le plus évolué ». Si l’envie nous  prend vraiment d’aller sur ce terrain, disons qu’il est « plus adapté au milieu citadin que la limace de mer ». Et puisque l’environnement est toujours en mouvement et que la diversité des limaces de mer recèle de belles surprises, ajoutons : « pour l’instant ».


En tout cas, il y a de quoi se faire plaisir


Le mot d’ordre, avec la sélection naturelle, c’est que « tout ce qui tient la route sous les contraintes de l’environnement a une chance de devenir fréquent, voire de s’installer bien franchement ». Il y a souvent un bon nombre de « solutions » étonnantes qui tiennent la route. La sélection sexuelle (ces dames choisissent souvent des caractères qui laissent à penser que le mâle est un bon coup) met son grain de sel, la dérive génétique aussi. Et ce qui reste rare nous étonne et nous fascine aussi.

Par ailleurs, il y a tous les autres caractères, ceux qui n’ont pas grand chose à voir avec un éventuel avantage sous la pression de l’environnement. Ceux là peuvent vraiment partir dans toutes les directions, dans la limite de ce que la biologie et la physique permettent.

Je vais me permettre de vous terrasser avec la beauté de la diversité du vivant, juste une minute.

Des limaces de mer, puisqu’on en parlait. Il en existe même une espèce qui ressemble à s’y méprendre à un lapin. Coïncidence ? … ÉVIDEMMENT.

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Des champignons, qui sont sans doutes mes êtres préférés sur Terre. Allez voir les photos de Steve Axford le plus vite possible.

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Des oiseaux, car je sais que vous aimez bien les vertébrés, petits chauvins. Non, vous n’aurez pas de chats.

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La biodiversité vous fera pleurer sous le poids du mignon. Still no cats.

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Ou appeler votre mamie de pétoche.

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Mais dans tous les cas, elle vous fascinera.

Et puis il y aura tous ces moments où vous arquerez un sourcil en disant : « hein ? Ça existe ça ? » au point de vous adresser directement à l’histoire du vivant en personne : « Évolution, est-ce que tu as picolé ? » est le slogan du merveilleux site WTF Evolution (littéralement : « évolution, c’est quoi ce bordel ? »), qui s’attèle quotidiennement à recenser tous les chemins biscornus empruntés par l’histoire du vivant. Quelques morceaux choisis.

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Si vous avez l’occasion de compulser leur bouquin, faites-le. Vraiment.

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cute-bunnies-tongues-6Sur-ce, je vous laisse avec un lapin facétieux. Soyez fiers de faire partie de tout ce joyeux bazar organique.

Et surtout, restez curieux.

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2 réflexions sur “Sélection naturelle à Bunnyland

  1. Pingback: Une vision des animaux du futur | [Lab]map

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