Zombiscience

 Par ElenaXLII

zombie_hands_wallpaper_i_by_creative_decayLes zombies sont parmi nous, du moins au cinéma, dans les séries télé et les romans.  Certains les aiment, d’autres pas. Mais le plus souvent on ignore  qu’ils se prêtent à devenir des objets d’étude scientifique et des alliés des enseignements pluri/multi/inter-disciplinaires…

Non, sérieux, on peut faire de la science à l’école à propos des zombies?  Laissez-moi chercher à vous en convaincre.

Y a-t-il vraiment quelqu’un pour s’intéresser aux zombies, à l’école ?

Pour commencer, si vous pensez que je suis seule à m’intéresser à la zombiscience, et à l’éducation aidée par les zombies, alors vous avez intérêt à faire un tour ici:

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Zombie-based learning. Tout commence lorsque l’école où enseigne David Hunter, du côté de Seattle, Washington, décide de passer à des enseignements totalement basés sur des projets. Hunter se charge de renouveler les  cours de géographie, en utilisant comme base narrative une épidémie de zombies. Le projet devient autonome, 75 heures de cours et un livre graphique/bande dessinée à la place du manuel, qui maintenant font l’objet d’une distribution commerciale. Mais rien n’empêche de s’inspirer de l’idée… Surtout que l’apocalypse conçue par Hunter n’est pas pensée pour faire peur, mais plutôt pour mettre les élèves dans des situations où il s’agit de résoudre des problèmes concrets dans un scénario d’épidémie par une infection inconnue… ou presque.

Une revue du projet à lire aussi dans Edutopia, qui donne pas mal d’idées de curriculum multi-disciplinaire: outre à la géographie, des sciences (virus, bactéries et épidémies, mais aussi : la biologie du zombie – notamment celle cérébrale – et les traitements possibles) ; mathématiques (pour modéliser la croissance exponentielle du virus, mais aussi les équilibres entre populations saines et infectées); et naturellement: langue et arts, pour créer des scénarios et les réaliser sous une variété de formats graphiques.

maxresdefault Oui : sciences, technologies, ingénierie, mathématiques peuvent s’inspirer des zombies. Au collège et au lycée, on peut poser aux élèves le défi suivant : (hypothèse) est-ce qu’un pH élevé du sang peut prévenir l’infection par le virus zombie ? Naturellement, il faut savoir de quoi on parle : quel type de virus est en cause, quels organes du corps sont les plus attaqués, comment le virus s’attaque au cerveau pour produire les symptômes observés… Les élèves font de la chimie, de la biologie, formulent et testent des hypothèses… Vous trouvez sur le site web STEM behind Hollywood:  Zombie activity (en anglais) les fiches pour les élèves et les enseignants. Elles ne fonctionnent qu’avec une certaine marque de technologie informatique, mais – encore une fois – il y a  des idées à prendre pour des enseignants créatifs et zombiphiles.

Même le Pentagone aurait un plan en cas d’épidémie zombie et relative invasion. Le plan n’est pas à prendre au sérieux en tant que tel, mais a été conçu comme outil didactique, à des fins d’entrainement à la stratégie et à la planification militaire, à partir d’un scénario fictif.  Voici le texte intégral en anglais du plan en question. On y lit que « Le plan était tellement  ridicule que non seulement les étudiants se sont bien amusés à suivre les leçons, mais ils ont été capables d’explorer les concepts fondamentaux de planification et d’ordre (faits, assomptions, tâches spécifiques et secondaires) de manière très efficace. » Les  auteurs espèrent inspirer d’autres à utiliser des scénarios fictifs capables d’engager leurs apprenants de manière non conventionnelle, à développer l’esprit critique et à rendre des apprentissages normalement ennuyeux engageants.

Quelle science derrière les zombies ?

Et si, au delà des projets existants, on voulait s’inspirer des zombies pour faire de la science à l’école, que pourrait-on utiliser ? En d’autres mots : y a -t-il de la vraie science derrière les zombies ?

1. Il existe de vraies infections qui peuvent transformer un organisme (du moins certains organismes) en « zombie »

(Attention pour le plus délicats, vous pouvez éviter de lire cette partie).

Naturellement, il ne s’agit pas de dire qu’on peut revenir de la mort à la vie, mais si on accepte de baisser nos exigences, on peut identifier plusieurs états pathologiques qui évoquent l’un ou l’autre aspect du « zombisme ».

240px-Ophiocordyceps_unilateralisChez les fourmis (et d’autres insectes), un champignon (Cordyceps) peut parasiter le corps de l’animal et en altérer le comportement grâce à la production de substances chimiques. Que fait la fourmi (ex. Camponotus leonardi) infectée ? Elle mord ! Avec ses mandibules  elle s’attache à une feuille et y meurt, donnant au champignon la possibilité de grandir à l’intérieur de son corps puis de répandre ses spores dans l’environnement, où d’autres fourmis vont certainement passer… Ainsi, la fourmi fournit au champignon la possibilité de compléter son cycle de vie. Ophiocordyceps unilaterales, ou la zombification de la fourmi… 

800px-Succinea_mit_LeucocholoridiumChez les escargots, un ver parasite cette fois (Leucochloridium paradoxumutilise le corps du mollusque comme hôte intermédiaire pour atteindre son vrai objectif: les intestins des oiseux. Le mécanisme est subtil: le ver infecte les yeux de l’escargot et ceux-ci prennent l’aspect de chenilles, dont les oiseaux se nourrissent volontiers…

Et voici une belle occasion pour s’occuper de fourmis, de champignons, de vers, d’escargots… La science en question est naturellement la biologie, et le genre de questions posées concernent notamment la manière dont les parasites influencent le comportement de leurs hôtes – un champ de recherche relativement nouveau qui débouche sur le comportement animal. Pour en savoir plus, interroger l’expert David Hughes de la Penn University, et lire ce chapitre sur parasites et superorganismes. Mais quels parasites, et quels sortes d’hôtes ? Ici, vous trouverez un joli billet du blog de Scientific American, entre science et jeux vidéo (attention aux images fortes !) Là, une vidéo par National Geographic, sur les Zombie parasites. Et là encore, un TED Talk, par Ed Young sur… les parasites qui contrôlent le cerveau de leurs victimes.

Chez l’être humain

  • Trypanosoma_sp._PHIL_613_loresLa maladie du sommeil (trypanosomiase africaine), une maladie provoquée par un parasite unicellulaire et transmise par une mouche (la mouche tzé-tzé ou glossine). Cette maladie, très grave, potentiellement mortelle, qui touche environ 60000-70000 personnes par an, plus, sous différentes variétés, le bétail,  est diffusée en Afrique sub-saharienne. Lorsque le parasite attaque le système nerveux, apparaissent des symptômes d’ordre neurologique, dont confusion, troubles de la coordination, fatigue, altération des cycles  veille-sommeil, état léthargique alterné à état de grande agitation. Comment prévenir cette maladie ? Comment la contrôler ? Qu’est-ce qui a permis à trois grandes épidémies de trypanosomiase de tuer plusieurs millions d’êtres humains ? Comment étudie-t-on la production d’un vaccin ? D’autant des questions pour un cours sur les épidémies.
  • La rage peut être transmise – comme dans la meilleure tradition zombie – par une morsure. Dans ce cas, nous avons à faire avec un virus (rhabdovirus), qui infecte les vertébrés et attaque le cerveau en provoquant troubles du comportement et notamment agressivité, lorsqu’il attaque le système limbique. Pourquoi et comment une attaque au système limbique peut-elle produire ce genre d’effet ?
  • Si maintenant on cherche à s’expliquer mutilations et destruction de la chair dont « souffrent » les zombies, on peut se tourner vers des maladies provoquées par des bactéries, comme la lèpre (Mycobacterium leprae) et la fasciite nécrosante. Par quel mécanisme ces bactéries produisent leurs effets sur les tissus ? Et quelle est la longue histoire de la lèpre et de la lutte (largement gagnante) contre cette maladie ? Voici une porte ouverte à un cours d’histoire et de biologie.

Ici, les zombies sont de formidables occasions pour se poser des questions concernant des épidémies tout-à-fait réelles, leurs conditions de diffusion, aussi bien que leur histoire, les recherches et les pratiques qui ont amené ou peuvent amener à les éradiquer. Ce sont aussi pas mal d’occasions pour se pencher sur le cerveau et  ses fonctions, … 

2. Qui dit Zombie dit cerveau

2454D04D00000578-0-image-a-58_1419949060780Pourquoi ne pas enseigner l’anatomie et les neurosciences… zombies ?  Deux professeurs (Timothy Verstynen, Carnegie Mellon University, psychologue, et Bradley Voytek, University of California San Diego, neuroscientifique) ont étudié le comportement des zombies (dans les films naturellement) et décrit le zombisme comme une vraie pathologie neurologique : le syndrome d’hypoactivité avec déficit de la conscience. De la pathologie, on peut alors remonter aux régions cérébrales le plus probablement affectées. Le résultat est un livre de vulgarisation des neurosciences, via les zombies (Do zombies dream of undead sheep?) 

(Dans la même veine, mais plus gore: The Zombie Autopsies, un roman de Steven Schlozman, Medical Doctor).

3. On peut toujours se poser la question : Que ferait-on si une « épidémie zombie » se déclenchait?

Disaster or Blackout Emergency Supplies

« Be prepared for a tornado, hurricane, ice storm, or any disaster with a disaster kit. Jugs of water, flashlights,radio, batteries, lantern, back pack filled with blankets, first aid kit, non perishable food, candles, matches, cell phone, books and playing cards ».

C’est le cas de l’office publique de prévention américain (Centers for Disease Control and Preparedness – NIH) qui a dédié une partie de son site web à comment se préparer… pour une apocalypse zombie. Ce n’est qu’une excuse, une manière d’attirer un plus grand public et de le sensibiliser à comment se préparer à faire face à des risques majeurs.  « So what do you need to do before zombies…or hurricanes or pandemics for example, actually happen? » Par exemple: dans chaque maison il faudrait stocker un kit d’émergence, avec eau, nourriture, médicaments, une radio, …Mais aussi être préparé pour s’informer sur les risques les plus importants dans la région. A ce propos : vous vous souvenez du guide pédagogique Quand la Terre gronde ? C’est peut-être le moment de le relire.

Un peu moins sérieux, mais une ultérieure source d’inspiration pour enseignants créatifs : Zombie education alliance. En dépit de son nom, cette initiative n’a pas pour but de vous apprendre comment vous défendre d’une éventuelle épidémie zombie. Les auteurs de ce site web se proposent plutôt d’instruire leurs lecteurs à faire face à différentes situations de risque : celui de l’éclosion d’une réelle épidémie, celui se perdre en forêt, ou le simple fait de devoir purifier de l’eau pour en boire.

Enfin, on peut travailler sur les risques épidémiques, côté préparation, cure, et modélisation mathématique de la diffusion d’une épidémie.

4. Pour terminer… avec le CERN

Eh oui, en 2012, un groupe de jeunes scientifiques du CERN s’est lancé dans la production et réalisation cinématographique. Le résultat ? DECAY : un film de zombies tourné dans le CERN même, autour et à l’intérieur de l’accélérateur de particules LHC.  Une occasion unique pour pénétrer dans les coulisses de la recherche sur les particules élémentaires.

Comme quoi, les zombies ce n’est pas que de la biologie.

schrodingerCat


Pour en savoir plus 

  • Zombie Research Society 
  • Maintenant pour changer: des livres pour enfants (eh oui sur les zombies)
    • Les zombies du CM2, par Howard Whitehouse, Editions Albin Michel (à partir de 8 ans)
    • Mes animaux zombies, par Sam Hay, Editions Bayard Presse Jeunesse (à partir de 9 ans)

A bientôt sur [Lab]map.
Restez Curieux.

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Une réflexion sur “Zombiscience

  1. Pingback: La classe. Episode I : le Kruk. | [Lab]map

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